Vin vendu en France

On peut être amateur d'alcool sans pour autant le faire soi-même...
Marcelino
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Vin vendu en France

Message non lu par Marcelino »

Bonjour à tous :helow

Maintenant que j'ai un modeste culture dans le domaine de l'alcool (au sens large) grâce au forum et au site, je me rend compte que l'on peut faire du vin à partir de n'importe quel fruit.

Ma question est simple : pourquoi ne trouve t'on (en grande majorité) que du vin fait à partir de raisin en grande surface ?

:?:

De ce que j'ai comprit, n'importe quel fruit peut etre transformé en vin, alors pourqoi ne pas proposer du vin de prune, mirabelle ou autre ?

Merci d'avance :fr
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blup blup
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Re: Vin vendu en France

Message non lu par blup blup »

c'est une question de politique
sur les marchés alternatif ici en Belgique on trouve très facilement des vins de fruits, il faut peut être sortir de la grande distribution et aller sur les marchés d'artisans
le Pyrex, c'est inerte et vite propre
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Samson
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Re: Vin vendu en France

Message non lu par Samson »

Peut-être qu'à l'origine, le raisin était le fruit le plus facile à cultiver et/ou à transformer en vin ?
Ensuite, les traditions, tout ça...
A vaincre sans baril, on triomphe sans boire.
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mat663
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Re: Vin vendu en France

Message non lu par mat663 »

et pas sûr qu'on puisse par sélection rendre tous les fruits suffisamment sucrés pour arriver à un potentiel alcoolique de 12-13°
Chantons, rions, menons du bruit, Buvons ici toute la nuit, Tant que demain la belle Aurore, Nous trouve à table tous encore.
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jeremyladouble
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Re: Vin vendu en France

Message non lu par jeremyladouble »

C'est une question de culture, d'agriculture, de commerce et de politique...(et , accessoirement,de santé publique).
Comme c'est une très longue histoire, c'est pas mal emmêlé.
Le commerce
C'est pour emporter ou pour manger tout de suite ?
- Pour pouvoir transporter, il faut:
Un bateau, des amphores puis des tonneaux et un produit qui se tient, de la résine, de la poix, du sel ect. chez les Romains et au 17em, de l'alcool pour regonfler le vin de raisin par mutage au cognac. Avec le train, le camion, la bouteille et le SO2, c'est de l’histoire ancienne
- C'est pour manger sur place.
On n'est plus dans le bizness mais l'autosuffisance.
On fait avec ce que l'on n' a sous la main, ou plutôt sous les pieds.
Du vin de pomme, d'orge, de miel, de raisin, d'autres fruits, de de pissenlit, de frêne etc etc...
Mais, c'est désormais interdit de l'appeler vin, vous aurez donc du cidre, de la bière, de l'hydromel etc..pour ceux qui représente aujourd’hui une valeur marchande significative.
Pour ce qui est de la culture et de l'agriculture.
- Culte et culture : le sang du Christ (en blanc), pour Shabbat, c'est l'intention qui compte, pour les travailleurs de force, du rouge (gros et qui tache).
- Agriculture
La culture de la vigne est loin d'être de tout repos, faut tout le temps être dedans, cela occupe du terrain et les aléas climatiques sont fréquents, on en remet une couche avec le phylloxéra (résolu), le mildiou, l'oïdium, le black rot, la cicatelle, l'esca et j'en passe.
Dans l'Ouest et la Région parisienne, le vignoble a été remplacé par les vergers de pommes à cidre, on se contente de récolter les pommes et on peut mettre les vaches dessous.
La ou la vigne n'est pas rentable, on la remplace aussi par des betteraves ou autre chose.
Politique
- Veiller au grain, si j'ose dire.
Louis XIV va interdire la plantation de nouveaux vignobles, source de profit pour les (riches) propriétaires mais plantés au détriment des terre à blé (pour nourrir notre peuple - sic) et tans pis pour la balance commerciale.
- Sauvegarder l'emploi
Deux hectares de vignes pouvaient faire vivre une famille, un record. C'est ainsi des milliers d'exploitations qui seront frappées par le crise du phylloxéra.
Le temps de trouver la solution, d'arracher et de replanter, les produit se substitution sont là (vins de fruits, absinthe, vins artificiels et divers sont meilleurs marchés) la crise économique succède à la crise sanitaire et le Languedoc se révolte. D'un coté la répression, de l'autre des mesures politiques et commerciales pour ré-orienter la consommation.
Le vin d'Algérie en remettra une couche plus tard.
Malgré sa prospérité, la viticulture est toujours sur le fil du rasoir. Elle survit cependant à la baisse spectaculaire de la consommation de vin par une montée tout aussi spectaculaire en qualité. Cette qualité est pas mal encadrée, pour la chaptalisation, entre autre, mais pas que.
Par ailleurs, la guerre des prix est réelle, la concurrence est rude mais l'augmentation de la productivité permet d'étaler la baisse des prix.

Pour ce qui est des vins de fruits, on peut donc se poser la question
De leur chaptalisation
Du travail nécessaire pour les produire.
Des investissement pour en diminuer les coût de production et les rendre compétitifs.
De l'organisation de la filière pour sortir du confidentiel.
A ma connaissance le raisin étant très largement en tête pour son rendement en jus, en sucre et en mécanisation, il a encore de beaux jours devant lui.
Cela n'empêche absolument pas de vinifier tout un tas de fruits et légumes mais on est, à mon sens, loin d'une conspiration internationale pour torpiller cette alternative.
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wal
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Re: Vin vendu en France

Message non lu par wal »

Belle analyse! Bravo.
J'aime le vin d'ici mais pas l'eau de là (Pierre Dac)
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blup blup
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Re: Vin vendu en France

Message non lu par blup blup »

on voit le sérieux de Jeremy, et si monvindefruits passe par ici , on aura juste le droit de se taire :cens :cens
le Pyrex, c'est inerte et vite propre
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jeremyladouble
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Re: Vin vendu en France

Message non lu par jeremyladouble »

A surtout pas, ses vins sont excellents et j'ai appris plein de choses avec lui.
En plus de ma vigne, de mes pommes à cidre et de mon vin de pissenlit, il faut que je me décide avec les coings et les oignons !!, mais les journées sont courtes.
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monvindefruits
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Re: Vin vendu en France

Message non lu par monvindefruits »

Qu’est-ce qu’un vin ?
C’est le produit d’une vinification.

Qu’est-ce qu’une vinification au niveau scientifique?
La vinification consiste à transformer par fermentation levurienne un jus sucré en un liquide alcoolisé nommé vin.

Aujourd’hui, la législation française (fin du 19e siècle) puis européenne (20 e siècle) a changé la donne. On ne peut plus appeler vin que ce qui est issus du raisin.
Quel hérésie, quel mensonge !

Comment en est-on arriver là ?


Rappel historique.

Les anthropoloques ont étudié durant la seconde moitié du 19e siècle les derniers peuples non contaminés par les « blancs » tant dans le grand Nord canadien qu’en Sibérie. Depuis la nuit des temps, ces peuples connaissaient, même en plein hiver, les fermentations spontanées des grands gibiers ?!? En effet, lors de la capture de renne, par exemple, celui-ci est vidé de son sang puis suspendu le temps de son « faisandage ». Or, les herbes ingérées par l ’animal peu avant sa mort se mettent à fermenter dans l’estomac. Ce liquide alcoolisé légèrement était bu par ces peuplades, et ceci en pleine ère glaciaire.
NDLR :Au temps de Brillat Savarin, le faisan n'était jugé digne de la table d'un gastronome qu'à l'état de complète putréfaction (il recommandait en effet de le conserver dans ses plumes jusqu'au verdissement de l'abdomen) et Grimod de La Reynière, lui, le déclarait à point lorsque, suspendu par la queue, le faisan se détachait de lui même.

Revenons à à nos moutons. L’Europe connaît une glaciation qui se termine en 10.000 avant J.-C. Ce sera l’avènement de l’agriculture et de la civilisation au Moyen-Orient, puis chez nous. En attendant, au fur et à mesure que le temps se radoucit, les plantes réenvahissent le terrain. Les archéologues ont pu prouver scientifiquement que nos ancêtres connaissaient dans nos pays du Nord (Belgique et autres) 4 vins de fruits : vin de mûre, de miel, de pomme (malus sylvestris) et de poire (pyrus sylvestris), vins bien moins alcoolisés qu ’aujourd’hui.

VINS de FRUITS = 10.000 av J-C.

VINS de FRUITS de RAISIN = - 7.000 av J-C.

Bref, le vin de raisin est plus jeune de 3000 ans que le vin de fruits.


D’où vient le vin de raisin ?
Des hauts plateaux d’Anatolie. Sans doute des bergers qui pressaient du jus de raisin lorsque les sources d’eau manquaient. Dans leur gourde, le jus a fermenté et ils se sont rendus compte que ce liquide se conservait mieux que l’eau. Cette plante, cette liane, a été ensuite capturée et mise en production par l’agriculture naissante du Moyen-Orient, puis va se répandre autour de la méditerranée grâce aux peuples marins. Les Phocéens ont apportés l'usage du pain, comme celui du vin.

Les vins les plus renommés sont produits en Grèce ou sur les grands vignobles d'Italie méridionale pour lesquels la mention " premier cru " apparaît pour la première fois pour qualifier le miraculeux millésime " opimien " du nom d'Opimius, consul en 121 av. J.-C., marquant ainsi la frontière entre les vins de qualité et ceux de consommation courante. Les Romains apprécient les vieux vins blancs très concentrés. Ils récoltent des raisins surmûris, ou alors étendent les raisins à maturité quelques jours au soleil pour concentrer davantage le sucre. Ils produisent même un vin, le Mulsum, dans lequel ils rajoutent jusqu'à 3 kg de miel pour 12 litres de vin. Le vin est conservé un ou deux ans dans des récipients en terre cuite, les dolia, d'une contenance de 500 à 2000 litres, que l'on enterre jusqu'au col. Pour le transport par voie de terre, le vin est placé dans des outres en peau de chèvre. Il est ensuite conservé dans de petites amphores de 26 litres imperméabilisées avec de la poix où il peut vieillir encore une vingtaine d'années. Certains vins vieillissaient bien davantage, jusqu'à un siècle pour le légendaire Falerne " opimien ". Vers 60 av. J.-C., les Romains commencent à utiliser le tonneau déjà connu des Gaulois depuis un siècle et dont la forme a peu évolué depuis : arrondis pour faciliter le transport en les roulant, ils sont faits de lattes de chêne cerclées, matière qui donne au vin son tanin et son bouquet.

Posidonius, lors d'un de ses voyages, rapporte ce qui suit:
La boisson des riches est le vin qu'ils tirent d'Italie ou de la région de Marseille, et qu'on leur sert de la manière suivante: le domestique chargé de cette fonction apporte dans chaque main un vase de terre ou d'argent, semblable à une marmite et rempli de vin. Chacun y puise. On boit peu à la fois, mais on boit souvent et presque toujours pur.

Les Romains consomment le vin coupé d'eau tiède, souvent d'eau de mer comme les Grecs, et y ajoutent toutes sortes d'aromates : des infusions d'herbes ou d'épices, de la résine mais aussi de l'absinthe, des pétales de rose ou de violette, de la menthe et du poivre. En général, les vins ordinaires se boivent au quotidien alors que les grands crus sont réservés aux fêtes, aux rites et usages religieux.
Comme plus tard Bordeaux pour la production aquitaine, Pompéi est le centre de l'activité vinicole romaine. On y dénombre quelques 200 tavernes encore visibles aujourd'hui parmi les ruines. Le commerce du vin y est prospère : de nombreux négociants achètent les vins du marché local (une trentaine de villas produisent aux alentours des vins de qualité destinés à être conservés), les exportent et importent les vins des colonies. L'éruption du Vésuve en 79 anéantit Pompéi et l'ensemble du vignoble alentours. Le marché romain n'a pas le temps de se reconstruire et est rapidement envahi de vins gaulois, espagnols et grecs. En 92, afin de protéger la production italienne, l'empereur Domitien ordonne l'arrachage de la moitié des vignes des provinces extérieures de l'Empire.

Quelques remarques.
Suivant nos critères actuels de dégustation, tous ces vins de raisin sont d’horribles piquettes pour plusieurs raisons. La sélection de la vigne n’a pas encore donné des raisins très sucrées (avec potentiellement un haut taux d’alcool). On boit donc le vin jeune (vert). Ensuite, les contenants transforment les goûts. Il suffit de penser à la poix utilisée par étanchéifier les cuves. Qui a déjà bu de Retzina grec moderne en sait qq chose. Il est si souvent piqué par les maladies qu’on le coupe d’eau de mer car le sel désinfecte le vin. Ensuite, il n’existe pas encore la bouteille de verre industrielle qui permet de faire vieillir un vin.
A cette époque, il y avait déjà des critiques en vins. Pline parla du vin de Marseille qui était reconnu comme gros et épais, si bien que l'on y mélangeait des épices ou tout autre produit destiné à le mieux boire... ce picatum (piquette). On doit également aux Gaulois l'invention du tonneau de bois cerclé de fer pour le transport du vin. Virgile nous raconte dans ses Géorgiques, l’agriculture gauloise.

Et pendant tout ce temps, nos ancêtres les Gaulois (dont les Belges sont les plus braves, dixit le grand Jules) continuent à boire leurs vins de fruits et l’ancêtre de la bière, la cervoise. Tout était fait à la main ou avec des outils rustiques. On connaissait dans le domaine des boissons, le cidre, l'hydromel , et une espèce de bière.

Ce n’est qu’avec l’invasion romaine que les vins de fruits seront concurrencés par ceux de raisins lorsque nos régions entreront en contact avec les cultures gréco-romaine d'abord et judéo-chrétienne ensuite qui, toutes deux, érigent la vigne une plante sacrée (sacra vites). La Gaule y compris Belgique se recouvre dès lors de vignobles qui procuraient des vins de toutes les qualités. Sous les enfants de Constantin, on accusait les Gaulois d'aimer le vin et diverses liqueurs qui ressemblaient au vin, comme nous l'apprend Ammien Marcellin».

Au 5e siècle
Les vins de fruits connaîtront un nouvel essor lors des invasions germaniques. Les Francs qui occupent la Gaule et n'ont pas subi en profondeur l'influence des moeurs méditerranéennes sont de grands amateurs de cidre (pomaceum), de poiré (piracium ), de vin de mûres (moratum ), comme d'ailleurs aussi d'hydromel et de cervoise; ils ne dédaignent pas pour autant le vin de raisins, qu'ils adoptent aussitôt après leur arrivée dans l'Empire romain d'Occident. Il ne faudrait toutefois pas en déduire que les Mérovingiens étaient des alcooliques invétérés; ils étaient aussi de grands amateurs de lait fermenté (appelé melca ). D'ailleurs, ils faisaient tout fermenter. Maurizio note que le folklore germanique fournit sur les aliments acides beaucoup de documents.

Palladius, qui vivait, selon l'opinion la plus répandue, vers le Ve siècle, dans son traité De re rustica, lib. 3, cap. 25, page 170, dit :
« Vinum de piris fit, si contusa et sacco rarissimo condita ponderibus comprimantur aut preto».
« Pour faire du vin de poires, écrasez ces fruits, mettez-les dans un sac à mailles serrées, et comprimez-les avec des poids ou à l'aide du pressoir».».
Recette d'hydromel gaulois
Au commencement de la canicule, prenez de l'eau de source; ajoutez pour trois setiers d'eau, un setier de miel non écumé; mettez ce mélange dans des pots et faites-le remuer pendant cinq heures de suite par des jeunes enfants. Laissez-le reposer à ciel découvert, pendant quarante jours et quarante nuits.
Rutilus Taurus AEmilianus, agronome gaulois du 5e siècle

Dans la collection des Capitulaires de Charlemagne par Baluze, on voit que, parmi les métiers ordinaires, était celui de ciceratores : ce qu'on entend par ceux qui font de la bière, du poiré, du pommé ou toute autre liqueur bonne à boire.

Même au sortir du Moyen-âge, le vin de raisin n’a pas toujours bonne presse. Gilles de Rai, au 15e siècle, est un noble. Il est grand maréchal de France (3e personnage de l’État), il a l’argent et l’éducation. Pourtant, il déteste le vin de raisin trop souvent vert ou piqué et ne jure que par l’hypocras, vin de raisin aromatisé aux épices et au miel.
Ceci dit, Gilles finira au bûcher car il aimait aussi un peu trop des petits enfants rôtis...
Ce sont les commerçants qui avaient inventé ce breuvage. Comme le vin se vendait en tonneau, on ne l’ouvrait qu’en cas de forte demande (une fête villageoise, un mariage). Une fois au contact de l’air, le vin s’oxyde et se pique. Pour ne pas perdre le vin restant, le commerçant malicieux ajoutait des épices/miel (hypocras et vin chaud de Noël) ou des noix vertes (vin aux noix) pour ne rien perdre et vendre le reste.


On peut donc affirmer, sans risque de se tromper, que cervoise (puis la bière), les vins de fruits et vin de raisin (pour la noblesse et le culte du clergé ont coexisté des années 500 jusqu’au 19e siècle avec des hauts et des bas. Ainsi, une mini glaciation de 30 ans a sévi au 16e siècle. Cela nous vaut aujourd’hui de magnifiques tableaux enneigés de Brueghel. Mais à l’époque, les vignobles belges ne produisent plus : gel, pluies froides, etc. Le petit peuple se retourne alors vers les vins de fruits (qui connaîtront un franc succès dans les campagnes belges jusqu’en 1960) et vers la … bière.
L’avènement de l’imprimerie permet la création à peu de coût de livres religieux au départ puis laïcs ensuite. Avec internet, on peut avoir accès aujourd’hui à tous ces ouvrages en PDF ( Bibliothèque du Congrès, USA ; BNF en France, Hollande, Londres, Allemagne). En voici quelques exemples.


-- Source:
1) Le Régime du Corps de Maitre Aldebrandin de Sienne. Texte français du XIIIe siècle. Publié pour la première fois ... par ... Louis Landouzy et Roger Pépin. Paris 1911.

CAPITELES DE VIN DE PUME
Vins qui est fais de pumes (PUMES = PRUNES) meures si est caus et moistes tempreement, mais il n'est mie sains à user, por ce qu'il enfle et engrosse le forciele et estoupe les voies du foie et du poumon. Mais il a le nature d'encraissier et de douner assés norissement, et vaut especiaument à ciaus qui ont le pis aspre et sech, et qui ne puent legierement rachier.
Et <se> tels vins est fais de pumes aigres, si tient nature de vinaigre, et vaut miex à ciaus qui ont le cole amere à le forciele et qui ont le foie escaufé; et totes gens porroient le tel vin user quant il fait grand caut. [45a]


2) The Closet of Sir Kenelm Digbie Kt. Opened 1392

The Countess of Newport's Cherry Wine

Pick the best cherries free from rotten, and
pick the stalks from them; put them into an
earthen Pan. Bruise them, by griping and
straining them in your hands, and let them
stand all night; on the next day strain them
out (through a Napkin, which if it be a
course and thin one, let the juyce run
through a Hippocras or gelly bag, upon a
pound of fine pure Sugar in powder, to every
Gallon of juyce) and to every gallon put a
pound of Sugar, and put it into a vessel. Be
sure your vessel be full, or your wine will
be spoiled; and in every bottle you must put
a lump (a piece as big as a Nutmeg) of Sugar.
The vessel must not be stopt until it hath
done working.

Strawberry Wine

Bruise the Strawberries, and put them into a
Linnen-bag which hath been a little used,
that so the Liquor may run through more easi-
ly. You hang in the bag at the bung into the
vessel, before you do put in your Strawber-
ries. The quantity of the fruit is left to
your discretion; for you will judge to be
there enough of them, when the color of the
wine is high enough. During the working, you
leave the bung open. The working being over,
you stop your vessel. Cherry-wine is made
after the same fashion. But it is a lettle
more troublesome to break the Cherry-stones.
But it is necessary, that if your Cherries be
of the black soure Cherries, you put to it a
little Cinnamon, and a few Cloves.


3.) Austen, Ralph. A Treatise ofFruit Trees: Shewing the Manner of Grafting, Planting, Pruning and Ordering of Them in All Respects ... : Discovering Some Errors in the Theory and Practise of This Art to Be Avoyded. With e Alimentall and Physicall Use of Fruits ... Of Cider and Perry ... Of Vineyards in England. ... To Which May Be Annexed the Second Part, Viz. The Spirituall Use of an Orchard, Or Garden, in Divers Simlitudes Between Natural and Spirituall Fruit Trees, According to Scripture and Experience. 2nd with the addition of many new experiments and observations ed. Oxford, [Eng]: Printed by Henry Hall, Printer to the University, for Thomas Robinson, 1657.

En Angleterre, depuis le milieu du 18e siècle, même les classes les plus riches buvaient communément des vins et bières faits maison, réservant les « vrais » vins - ceux importés des pays où croissent les vignes - pour les occasions festives, et la coutume du brassage-maison subsistait parmi ce qui peut être appelé la classe moyenne du peuple jusqu’au 19e siècle, lorsqu’elle fut évincée grandement par la vogue du thé.

4) Le fameux Manuel de Cuisine de Meg Dod, publié à Edimbourg en 1826, donne de nombreuses recettes de vins familiaux, liqueurs ou cordiaux populaires à cette époque.
Presque tout ce qui croît fermente et parmi les matières employées on compte aussi les fleurs, feuilles, baies, légumes, graines, et même la sève de certains arbres, particulièrement le bouleau et l’épicéa.
Extrait de “The Scots Cellar”, F. Marian Mc Neill, 1956.


A la lecture des titres de ces ouvrages, vous remarquerez que les auteurs parlent clairement des vins. Le pluriel est souvent de rigueur.

5) Great Britain. Parliament and John Worlidge. An Ordînance ofthe Lords and Commons Assembled in Parliament, Concerning All Brewers and Makers ofBeere, Ale Cider, Or Perry, for Payment of the Excise Imposed by an Ordinance of Parliament Before the Delivering Thereof ... Mr. Worlidge's Two Treatises: The First, Of Improvement of Husbandry, and A dvantage of Enclosing Lands, of Meadows and Pastures, of Arable Land and Tillage, and the Benefit of Hempseed and Flax: With a Description ofthe Enginefor Dressing Hemp and Flax. Ofthe Manuring, Dunging, and Soiling of Lands; And the Benefit of Raising, Planting, and Propogating of Woods. The Second, A Treatise of Cyder, and of the Cyder Mill, and a New Sort of Press. Of Currant Wine, Apricock Wine, Rasberry Wine: OfMaking Chocolate, Coffee, Tea: Ofthe Extract of Juniper Berries, and ofmum. To nich A Added, An Essay Towards the Discovery of the Original of Fountains, and Springs.
London: Printed by R. Cotes, and J. Raworth,Printed for M. Wotton, 1694.

6) Vinetum Britannicum, Or, A Treatise of Cider, and Other Wines and Drinks Extracted From Fruits Growing in This Kingdom with the Method of propagating All Sorts of Vinous Fruit Trees: And a Description of the New Invented Ingenio Or Mill ... : To "ich A Added A Discourse Teaching the Best Way ofImproving Bees . The second impression, much enlarged ed. London: Printed for Thomas Dring ... and Thomas Burrel ..., 1678.

7) Andry, Nicolas. Traite Des Alimens De Caresme, Ou, L'on Explique Les Diffèrentes Qualitez Des Legumes, Des Herbages, Des Racines, Des Fruits, Des Poissons, Des Amphibies, Des Assaisonnemens: Des Boissons Mêmes Les Plus En Usage, Comme De L'eau, Du Vin, De La Bierre, Du Cidre, Du the, Du Caffe, Du Chocolat: Et Ou L'on Eciaircit Plusieurs Questions Importantes sur L'abstinence Et Sur Le Jeune, Tant Par Rapport Au Careme, Que Par Rapport a La Sante . Paris: Chez Jean Baptiste Coignard, imprimeur ordinaire du Roi, rue S. Jacques, a la Bible d'or, 1713.

8) The Art of Brewing on Scientific Principles, Adapted to the Use of Brewers, Private Families ... To nich Is Added, Directions for Making Cider, Perry, Home Made Wines & C. Together with an Abstract of the New Brewing Act. London Knight & Lacey, 1824.

9) The Art and Mystery of Making British Wines, Cider and Perry, Cordials and Liqueurs….. Also the Whole Art of Brewing, with Remarks on the Treatment of Malt Liquors, and a List of Urensils for the Brewhouse, Still Room, and Cefllar. London Chapman and Hall, 1865.

10) Chase, Alvin Wood. Recepten Voor Dagelyksch Gebruik: OfEene Verzameli Zeventig Uitgezochte Aanwiizingen Voor Boer, Burger En Ambachtsman, Betrekklijk Cider, Wijnen, Aziin, Huis Bier, Inkt, Zeep, Cementen, Verw, Conf!ften, Wegnemen Van Vlekken, En Eenige Uitsteken De Recepten Tegen Heerschen De Ziekten Van Menschen, Vee, Paarden, Enz., Enz., Enz., Enz. Vertaald Uit "Dr. Chases Recipes " Door H. E Nies. Holland, Mich.:, 1874.

11) Bradley, Edith. The Book of Fruit Bottling a Practical Manual on the Process of Fruit Bottling, Jams, Jellies, and Marmalade Making, Chapters on Fruit Drying, Home Made Wines and Cider Making, with Preface Urging Upon County Councils the Importance of Fostering These Industries in Rural Districts. London; New York: J. Lane, 1907.


Jusqu'au siècle passé, la différences entre le vin de raisins et le vin de fruits n'est pas marquée; l'un et l'autre doivent être désignés sous le même titre: le vin.
Voici quelques ouvrages.

12) Cardelli, M. Manuel Du Limonadier Et Du Confiseur:
Contenant Les Meilleurs Procedes Pour Preparer Le Café, Le Chocolat, Le Punch, Les Glaces, Les Boissons Rafraichissantes, Liquers, Fruits a L'eau De Vie, Confitures, Pates, Vins Articiels, Patisseries Legeres, Biere, Cidre, Etc. 5th, entierement refondue et considerablement augmentee ed. Paris: Roret, 1830.

13) Duret. Alcoolisation Des Tiges Du Mais Et Du Sorgho Sucre: Alcool, Cidre, Biere, Vins Artificiels, Etc. Paris: Librairie centrale d'agriculture et de jardinage, 1856.

14) Zaborowski Moindron, Sigismund. Les Boissons Hygieniques; L'eau Et Les Glacee, Les Eaux Minerales, Les Eaux Gazeuses Artificielles, Les Infusions, Le the, Le Cafe, Le Lait, Les Fruits Et Les Boissons De Fruits, Le Cidre, Le Vin De Raisin Sec, La Biere. Paris: Bailliere, 1889.

15) Manuel Theorique Et Pratique Du Fabricant De Cidre Et De Poire, Avec Les Moyes /1. E. Moyens] D'imiter Avec Le Suc Des Pommes Ou Des Poires, Le Vin De Raisin, L'eau De Vie Et Le Vinaigre De Vin. Paris: Roret, 1834.

16) Accum, Friedrich Christian. Art De Faire Les Vins De Fruits: Precede D'une Esquisse Historique Sur L'art De Faire Le Vin De Raisin, De La Maniere De Soigner Une Cave: Suivi De L'art De Faire Le Cidre, Le Poire, Les Hydromels, Les Aromes, Le Sirop Et Le Sucre De Pommes De Terre, D'un Tableau De La Quantite D'esprit Contenue Dans Diverses Qualites De Vins, De Considerations Dietetiques Sur L'usage Du Vin, Et D'un Vocabulaire Des Termes Scientifiques Employes Dans L'ouvrage. Paris: Raynal, libraire, 1825.

17) Jacquemin, Georges. L'amelioration Des Vins Par Les Levures Selectionnees De L'Institut La Claire Resultats Aux Vendanges 1897: Suivi Le Sucrage Des Vins: La Preparation Des Vins De Deuxieme Cuvee: La Refermentation Des Vins Restes Doux: L'amelioration Du Cidre: La Preparation De L'hydromel De Luxe Au Moyen Des Levures De Grands Crus. Nancy: Imprimerie nanceienne, 1898.


La dénomination "unique" de vin pour uniquement la vin de raisins date de la fin du 19e siècle. Le déclin du vin de fruits s’amorce surtout avec l’avènement de la société de consommation qui rejette les produits maison. Dès lors, on ne précise plus le type de vins et les vins de fruits tombent dans l'oubli.
Que s’est-il passé au 19e siècle pour qu’on donne le terme de VIN uniquement au vin de raisin ?


Et bien, ma pauvre dame, c’est encore à cause des Français ! En 1845, le vignoble français est attaqué par un champignon, l’Oïdium. Rapidement la technique du soufrage vient à bout du cryptogame. En 1855 cette alerte est jugulée. Eux qui se targuent de tout savoir commencent à « cultiver » vers 1855 - 60 un petit parasite américain, le Phylloxera, qui s’attaque aux racines de la vigne. Celle-ci dépérit alors en trois ans. 99 % du vignoble français disparaît alors. Il faudra 30 ans pour trouver le remède.
Mais demandons-nous comment des vignerons (des agriculteurs) parviennent à vivre sans ressource durant un temps si long ? C’est en fait assez simple, même si peu osent en parler de nos jours. La France ayant envahi apporté la civilisation au Nord de l’Afrique, c’est par millions de tonnes que figues et dattes vont arriver sur le marché français. Certains anciens viticulteurs vont donc les faire fermenter et produire de faux Bourgognes et Bordeaux en s'aidant de la chimie naissante. On parle de vins "articiels". Les additifs étaient légions et ont causé bien des problèmes au point que de nombreux pharmaciens publieront des ouvrages pour reconnaître ces vins falsifiés ( à télécharger sur le site de la BNF)..

Les autres anciens producteurs crient famine et menacent le gouvernement qui doit agir.

Or, on découvre, fin du 19e siècle, le remède à la maladie.
Les plants de vigne américains ne sont pas attaqués par le terrible insecte. On va donc greffer les cépages français sur des pieds américains et on va pulvériser. Ensuite, un peu plus tardivement que dans le reste de l’Europe, c’est la première industrialisation qui produit des outils agricoles en fer performants et à bon marché. Enfin, un certain Pasteur explique le mode de fonctionnement de la levure brassicole puis vinicole. On peut donc bien contrôler le fermentation. Tout est en place pour relancer le vignoble et remplir les caisses de l’État en percevant les accises sur l’alcool. PS. Pasteur n'a jamais découvert les levures ( c'était fait 60 ans avant lui) mais il les a expliquées.

Le législateur va donc donner 2 petits coups de pouce à l’Histoire
1) en taxant lourdement les fruits algérien et marocains pour en arrêter l’importation et la vinification et
2) en créant une loi qui stipule qu’on ne peut plus appeler vin que le vin de raisin…
Par la suite, au 20e siècle, pression sera faite sur l’Europe pour transposer cette loi à une échelle plus grande.





Je terminai ce petit tour d’horizon par 3 remarques (juste pour pousser le bouchon un peu plus loin et relancer le débat).

1) Le vin de fruits a pour lui un univers de goûts mais doit encore utiliser la chaptalisation. C’est vrai. Mais reconnaissons que si les pépiniéristes sélectionnaient leurs arbres et arbustes dans le seul souci d’avoir des fruits plus sucrés, on pourrait rapidement se passer de chaptalisation. C’est ce qui a été fait pour le raisin pauvre en sucre au départ.

2) Le vignoble est une catastrophe au niveau de la bio diversité. En Belgique, les quelques vignobles en place doivent protéger les fruits des attaque des oiseaux par des filets. Doit-on le faire ailleurs quand les oiseaux ont déserté ces espaces de monocultures souvent industrielles bien pulvérisées ?

3) A Rasey ( Xertigny) dans les Vosges, Michel Moine (un Français: mais oui, il y en a de bons !) produit depuis plus de 25 ans et de manière industrielle 3 mousseux de rhubarbe sublimes. Comme quoi qu'on peut produire des vins de fruits à grande échelle. De même, dans le Nord/Pas de Calais, on produit en quantité moyenne des mousseux de cerise, groseille et framboise.

Bàv
Modifié en dernier par monvindefruits le mercredi 07 octobre 2020 21:26, modifié 5 fois.
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Re: Vin vendu en France

Message non lu par monvindefruits »

Sorry!
Ayant répondu vite, j'ai laissé pas mal de coquilles orthographiques.
C'est sans doute parce que je ne suis pas français mais seulement francophone!

Bàv
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wal
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Re: Vin vendu en France

Message non lu par wal »

Magnifique réponse et quelle érudition! Merci.

En ce qui concerne les coquilles, tu peux toujours rééditer ton texte (le crayon en haut à droite) :wh
J'aime le vin d'ici mais pas l'eau de là (Pierre Dac)
Marcelino
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Re: Vin vendu en France

Message non lu par Marcelino »

Merci à tous, quelle culture ! :fxrum

Je pense que l'on peut conclure mon topic par cette réponse : "Le législateur va donc donner 2 petits coups de pouce à l’Histoire 1) en taxant lourdement les fruits algérien et marocains pour en arrêter l’importation et la vinification et 2) en créant une loi qui stipule qu’on ne peut plus appeler vin que le vin de raisin… Par la suite, au 20 e siècle, pression sera faite sur l’Europe pour transposer cette loi à une échelle plus grande."[\i]

De "monvindefruits"

Il porte bien son nom :wink:
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blup blup
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Re: Vin vendu en France

Message non lu par blup blup »

oui il porte bien son nom,
mais si tu voyais sa cave :wh
le Pyrex, c'est inerte et vite propre
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monvindefruits
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Re: Vin vendu en France

Message non lu par monvindefruits »

ET SURTOUT OUVRIR LE TIROIR-CAISSE, MOTEUR DE TOUS LES PROGRES...
Mais rien n'a vraiment changé.
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stillman
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Re: Vin vendu en France

Message non lu par stillman »

:exc :exc :exc
Mais quel exposé ! Merci Monvindefruits pour ce partage aussi passionnant qu'informatif!

PS : j'aime bien quand tu cites le grand Jules ! :be
Lisez, lisez, lisez encore... Posez ensuite vos questions... Relisez encore... On ne lit jamais assez!
Tout est là : fairesagnole - le site ou wikignole
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